HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE ANCIENNE, ARABE OU MÉDIÉVALE [Master 1]

Véronique Decaix
L’origine du temps

Dans le De natura et proprietate continuorum (également édité sous le titre plus transparent De tempore), Dietrich de Freiberg, philosophe et théologien de la fin du XIIIe siècle, propose un traité sur l’origine du temps. Il prend en charge ce problème : quelle est l’origine du temps ? le temps est-il causé par l’âme ou jouit-il une existence indépendante de celle-ci ? L’auteur y défend une thèse audacieuse : le temps serait constitué, subjectivement, par l’âme. C’est cette question, à la croisée de la psychologie, la physique et la métaphysique, que Dietrich tente de résoudre à l’appui d’Aristote et d’Augustin. Il construit une conception novatrice d’une temporalité prenant son étoffe dans l’âme humaine, dans la tension entre ces puissances inférieures (sensation, raison) et supérieures (intellect). Ce séminaire sera l’occasion de mettre en valeur l’originalité de sa position en montrant les influences antiques (Aristote, Augustin), mais également les théories qu’il critique en filigrane (en particulier celles de Thomas d’Aquin et Albert le Grand).

Stéphane Marchand
La reconnaissance de la vérité

À quoi reconnaît-on la vérité ? Comment sait-on que l’on sait ? Dès le Ve siècle av. J.-C. on trouve trace de discussions philosophiques pour se demander comment se construit et s’atteste l’expérience de la vérité. Les enjeux de cette discussion traversent toute la philosophie ancienne. En effet, non seulement la conception de la connaissance dépend de ces discussions, mais aussi la condition de possibilité de l’activité philosophique entendue comme recherche de la vérité. Le séminaire proposera d’une part une reconstruction des arguments proto-sceptiques de penseurs pré-platoniciens comme Xénophane de Colophon et de Métrodore de Chios qui montrent l’impossibilité de la reconnaissance de la vérité. D’autre part, on cherchera à rendre raison de la célèbre position de l’inscience socratique dans le cadre du problème gnoséologique de la reconnaissance de la vérité. C’est, enfin, à partir de ces positions que l’on étudiera le paradoxe du Ménon (« pour savoir, encore faut-il déjà avoir su ») à travers sa formule platonicienne et sa fortune dans la philosophie hellénistique.

Jean-Baptiste Brenet
Devenir immortel et puis... mourir : introduction à la philosophie d’al-Fârâbî

Le séminaire porte sur le premier grand péripatéticien arabe de l’histoire – peut-être le plus grand : Al-Fârâbî (m. 950). Surnommé « le second Maître » (après Aristote), il est une source majeure d’Avicenne ou d’Averroès, et l’une des clés, par l’ampleur de son système, de la pensée occidentale. On propose ici de se placer au cœur de sa doctrine en se concentrant sur la question de la « substantialisation », c’est-à-dire sur le devenir-substance de l’homme philosophe capable en cette vie, par son intellect, de décrocher de la matérialité : le philosophe comme animal divinisé, en somme.

Charlotte Murgier
Aristote, Éthique à Eudème

L’objet de ce séminaire est de procéder à une lecture suivie de l’Éthique à Eudème, afin d’examiner la manière dont sont introduits et construits les concepts centraux de l’éthique aristotélicienne : bonheur, vertu, décision (prohairèsis), amitié ... Il s’agira aussi, chemin faisant, de s’interroger sur ce que cet ouvrage comporte de singulier, par rapport à son pendant, plus connu et plus étoffé, qu’est l’Éthique à Nicomaque. Comment caractériser l’approche proprement eudémienne de l’éthique ? Comment intégrer au reste de l’ouvrage, ce qu’on appelle les « livres communs », à savoir les livres V-VI-VII de l’Éthique à Nicomaque auxquels renvoient la plupart des manuscrits de l’Éthique à Eudème ? C’est donc par le prisme de l’Éthique à Eudème qu’on se propose d’entrer dans les spécificités et les difficultés de l’éthique aristotélicienne.

HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE ANCIENNE, ARABE OU MÉDIÉVALE [Master 2]

Pierre-Marie Morel
Naturalisme et théories de l’action : Démocrite et Aristote

La perspective générale de ce cours est le problème du naturalisme dans l’Antiquité, mais il s’agit aussi bien de mettre  en  question  l’idée  même  de  "naturalisme" comme  catégorie  historiographique  et  clé éventuelle d’interprétation. Le cours de cette année porte sur les deux grandes éthiques de la période classique : celle de Démocrite et celle d’Aristote. L’une comme l’autre, malgré leurs divergences, nous confrontent aux questions relevant  de  la  problématique  naturaliste,  jusque  dans  ses  prolongements contemporains (naturalisation des motivations humaines; différence anthropologique; théorie causale de l’action et problème du déterminisme; problème des fondements de l’éthique). Le premier semestre sera principalement consacré à définir le cadre général de l’analyse (en prenant Aristote comme point focal) et à étudier l’éthique de Démocrite. En parallèle, on s’emploiera à replacer cette dernière dans le contexte pré-aristotélicien  (Corpus hippocratique,  Platon,  la  sophistique  classique).  Le second semestre portera sur la théorie aristotélicienne de l’action, au travers d’une approche critique des lectures naturalistes contemporaines.

Jean-Baptiste Brenet
"Je suis le Réel". L’achèvement de l’individu dans la philosophie arabe

Un préjugé sur la philosophie arabe ? C’est une pensée mystique, une pensée du grand Tout où l’individu compte peu et n’a d’autre horizon que l’absorption, l’engloutissement dans l’"océan" de l’être. Anâ al-Ḥaqq ("Je suis le Réel" ou "le Vrai", ou "Dieu"), aurait dit le célèbre mystique Ḥallaj, et c’est à cela qu’on la réduit. Panthéisme, monisme, philosophie de l’union, de la fusion, de l’effacement du personnel et du subjectif: il n’y a d’être que Dieu et l’individu finit par se confondre avec Lui. C’est sur cela que le séminaire entend revenir cette année, en examinant ce que les grands textes –qui ne se répètent pas –disent vraiment de la «jonction» à l’Absolu qu’on promet à l’homme. Non seulement les textes de la falsafa : al-Kindî, al-Fârâbî, Ibn Sînâ (Avicenne), Ibn Bâjja (Avempace), Ibn Tufayl ou Ibn Rushd (Averroès); mais ceux, aussi, du soufisme et de la théologie (notamment l’œuvre d’al-Ghazâlî). On voudrait rendre à la philosophie arabe quelque chose de sa complexité, sur l’individu et son destin, que l’Europe n’a pas pu ou pas voulu penser.

PRÉPARATION AUX CONCOURS AGRÉGATION ET CAPES

Pierre Marie-Morel
ARISTOTE, Physique ; De la Génération et de la corruption ; De l’Âme ; Des parties des animaux, Livre I ; La Métaphysique (3ème épreuve)

Charlotte Murgier
THEOPHRASTE, Χαρακτῆρες (texte en langue étrangère)

Jean-Baptiste Brenet
ABU NAṢR AL-FARABI, Kitâb al-jamʿ baîna raʼyy al-Ḥakîmayn Aflâṭûn al-ilâhî wa Ȧrisṭûṭâlîs (texte en langue étrangère)