HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE ANCIENNE, ARABE OU MÉDIÉVALE [Licence 3 - S5]

Jean-Baptiste Brenet
Qu’est-ce que la philosophie arabe ? Une introduction

Entre les Grecs et les Latins : les Arabes. Le cours propose une introduction à la philosophie médiévale arabe (al-Fârâbî, Avicenne, Averroès, mais aussi Ibn Bâjja, al-Ghazâlî, etc.) dont l’Europe hérite à partir du XIIe siècle certaines de ses théorisations les plus fécondes. On prend comme base le Discours décisif d’Averroès, dont on développe plusieurs problèmes solidaires de la tradition arabo-islamique : la place de la philosophie en Islam, la nature de l’homme et sa destination, le statut de l’acte humain, l’éternité du monde, l’essence de l’intellect, le rapport entre raison et théologie, la fonction politique de la religion et de la pensée.

Se procurer : Averroès, Discours décisif, Paris, GF-Flammarion (bilingue arabe-français) ; id., L’Islam et la raison, Paris, GF-Flammarion ; id., L’intelligence et la pensée, Paris, GF-Flammarion. Les autres textes seront distribués, ainsi qu’une bibliographie.

Groupe 1    Mardi 10h00-13h00

Charlotte Murgier
Le désir chez Platon

Dans ce cours, nous étudierons l’approche platonicienne du désir, en interrogeant d’abord les dif-férents termes qui l’expriment, dans leurs distinctions et leurs recoupements (eros – amour, philia – amitié/affection, epithumia – appétit, boulèsis – souhait/volonté) au sein de différents dialogues (Lysis, Banquet, Phèdre, République IV). Puis nous nous attacherons à la question de la discipline du désir, autour de la vertu de sôphrosunè (modération), de l’attrait du plaisir et du problème de l’absence de maîtrise de soi. Enfin nous verrons comment Platon entend mettre en place une édu-cation du désir dans la République et les Lois.

Quelques indications bibliographiques

  • Platon, Lysis, Banquet, Phèdre, Gorgias, République (en particulier livres IV, V et IX), Protagoras dans le volume dirigé par L. Brisson, Platon. Œuvres complètes, Flammarion
  • L. Brisson & O. Renaut (éd.), Érotique et politique chez Platon. Erôs, genre et sexualité dans la cité platonicienne, Sankt Augustin, 2017
  • Anne Merker, « Le désir », Études platoniciennes, 4 | 2007, 205-235.URL : http://journals.openedition.org/etudesplatoniciennes/913
  • Martha C. Nussbaum, La Fragilité du Bien, Fortune et éthique dans la Tragédie et la Philo-sophie Grecques, tr.fr. G. Colonna d’Istria et R. Frapet avec la collaboration de J. Dadet, J.P. Guillot et P. Présumey, Paris, éd. de l’Éclat, 2016

Groupe 2    Mercredi 9h00-12h00

Véronique Decaix
Introduction à la philosophie médiévale.

Modèles de la pensée : abstraction et illumination

Depuis Descartes, il nous semble naturel de concevoir la pensée comme l’opération d’un sujet autonome, un ego cogitans. Ce cours d’introduction à la philosophie médiévale se propose de re-tracer les infléchissements singuliers que les auteurs du Moyen âge apportent à la question "Qu’est-ce que penser ?". À la croisée de la psychologie, de la théologie et de la métaphysique, se noue le problème de la personnalité intellectuelle : "Qui pense ?", ou plutôt, "qu’est-ce qui pense en nous ?", mais aussi de la voie d’accès à la vérité : l’homme peut-il de son propre fonds saisir l’universel ? Comment accéder à la saisie des intelligibles ? Ce cours sera plus précisément axé sur la confrontation de deux modèles explicatifs, l’abstraction et l’illumination, respective-ment développés par Thomas d’Aquin (1225-1274) et Henri de Gand (†1293), et leurs influences déterminantes, Aristote et Augustin. L’enjeu est celui de l’essence de l’homme, de l’épineuse question de sa condition de créature intellectuelle, tout comme celle de la béatitude qu’il peut es-pérer en ce monde, et au-delà.

Bibliographie
Note : La connaissance du latin n’est pas requise. Le cours fournira toutes les traductions utiles et les instruments nécessaires à la compréhension des textes médiévaux.

  • Flasch, K., Introduction à la philosophie médiévale, 2e édition augmentée d’une postface, Fribourg, Vestigia, 2010
  • Gilson, É., La Philosophie au Moyen Âge. Des origines patristiques à la fin du XIVe siècle, (1e édition 1949), rééd. Paris, Payot, 1988
  • Libera (De), A., Penser au Moyen Âge, Paris, Seuil, Point Essais, 1996
  • Libera (De), A., La Philosophie médiévale, réédition, Paris, PUF, Quadrige, 2014
  • Pasnau, Robert, Medieval Theories of Cognition in the Later Middle Ages, Cambridge, Cam-bridge University Press, 1997
  • Spruit, Leen, Species Intelligibilis. From Perception to Knowledge, vol. 1 Classical Roots and Medieval Discussions, Leiden, Brill, 1993

Groupe 3    Mercredi 12h00-15H00

I. Costa
Principe et fin des actions humaines :
Introduction à la morale d’Aristote

L’Éthique à Nicomaque d’Aristote est l’un des textes fondateurs de la philosophie morale de la Grèce ancienne. À partir d’une lecture suivie de ce traité (en particulier des livres I-III, VI, X), on étudiera la conception aristotélicienne de l’action humaine, de ses principes et de sa fin ultime.
Après une introduction générale à l’éthique aristotélicienne et à sa méthode, on étudiera la défini-tion qu’Aristote livre du bonheur, sa conception de la vertu et du vice, ainsi que sa théorie de l’action humaine.

Bibliographie

  • ARISTOTE, Éthique à Nicomaque, traduction de J. Tricot, Paris, Vrin, 1990

Groupe 4    Jeudi 8h00-11h00

Stéphane Marchand
Platon et le problème de la connaissance

Ce cours explorera la théorie platonicienne de la connaissance sous plusieurs de ses aspects. En partant de la pratique socratique de l’elenchos il s’agit d’élucider, d’une part, le sens de l’exigence socratique de la production d’une définition ainsi que le rôle joué par la croyance (doxa). D’autre part, c’est cette démarche socratique qui amène probablement Platon à formuler la célèbre hypothèse des formes intelligibles qu’il s’agira d’interroger de manière systématique à partir des dia-logues platoniciens centraux que sont le Banquet, le Phédon et la République : comment cette hypothèse ontologique fonde-t-elle la connaissance ? Cette simple question permettra d’envisager les implications de cette théorie pour la conception même de la connaissance et de la méthode dialectique.

Bibliographie
Sources
On trouvera les plus récentes traductions de Platon en un seul volume :

  • PLATON, Œuvres complètes, Luc Brisson (éd.), Paris, France, Flammarion, 2011

Le cours s’appuiera plus particulièrement sur les dialogues suivants :

  • PLATON, Ménon, Monique Canto-Sperber (trad.), Paris, GF-Flammarion, 1993
  • PLATON, Phédon, GF-Flammarion, trad. M. Dixsaut
  • PLATON, Le Banquet, trad. L. Brisson, GF-Flammarion
  • PLATON, La République, Georges Leroux (éd.), Paris, Flammarion, 2008
  • PLATON, Phèdre, Létitia Mouze (trad.), Paris, Librairie générale française, 2007
  • PLATON, Théétète, Michel Narcy (trad.), Paris, Flammarion, 2016
  • PLATON, Le Sophiste, Nestor-Luis Cordero (trad.), Paris, Flammarion, 1993
  • PLATON, Parménide, L. Brisson (trad.), Paris, GF-Flammarion, 2018

Critiques

  • BRISSON Luc et Francesco FRONTEROTTA, Lire Platon, Paris, Presses universitaires de France, 2019. [accès sur Cairn par Domino]
  • BURNYEAT Myles, Introduction au Théétète de Platon, Michel Narcy (trad.), Paris, Presses universitaires de France, 1998
  • DESCLOS Marie-Laurence, Structure des dialogues de Platon, Paris, Ellipses, 2000
  • DIXSAUT Monique, Platon : le désir de comprendre, Paris, Vrin, 2003
  • LAFRANCE Yvon, La théorie platonicienne de la doxa, Paris, France, les Belles Lettres, 2015
  • PRADEAU Jean-François (éd.), Platon, les formes intelligibles : sur la forme intelligible et la participation dans les dialogues platoniciens, Paris, Presses universitaires de France, 2001
  • ROBIN Léon, Platon, Paris, Presses universitaires de France, 1988 (édition originale : 1935). [https://archive.org/details/leonrobinplatonpuf1988]
  • VLASTOS Gregory, Socrate : ironie et philosophie morale, Catherine Dalimier (trad.), Paris, Aubier, coll. "Aubier philosophie", 1994

Groupe 5    Vendredi 8h00-11h00

HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE ANCIENNE, ARABE OU MÉDIÉVALE [Master 1]

Véronique Decaix
L’origine du temps

Dans le De natura et proprietate continuorum (également édité sous le titre plus transparent De tempore), Dietrich de Freiberg, philosophe et théologien de la fin du XIIIe siècle, propose un traité sur l’origine du temps. Il prend en charge ce problème : quelle est l’origine du temps ? le temps est-il causé par l’âme ou jouit-il une existence indépendante de celle-ci ? L’auteur y défend une thèse audacieuse : le temps serait constitué, subjectivement, par l’âme. C’est cette question, à la croisée de la psychologie, la physique et la métaphysique, que Dietrich tente de résoudre à l’appui d’Aristote et d’Augustin. Il construit une conception novatrice d’une temporalité prenant son étoffe dans l’âme humaine, dans la tension entre ces puissances inférieures (sensation, raison) et supérieures (intellect). Ce séminaire sera l’occasion de mettre en valeur l’originalité de sa position en montrant les influences antiques (Aristote, Augustin), mais également les théories qu’il critique en filigrane (en particulier celles de Thomas d’Aquin et Albert le Grand).

Stéphane Marchand
La reconnaissance de la vérité

À quoi reconnaît-on la vérité ? Comment sait-on que l’on sait ? Dès le Ve siècle av. J.-C. on trouve trace de discussions philosophiques pour se demander comment se construit et s’atteste l’expérience de la vérité. Les enjeux de cette discussion traversent toute la philosophie ancienne. En effet, non seulement la conception de la connaissance dépend de ces discussions, mais aussi la condition de possibilité de l’activité philosophique entendue comme recherche de la vérité. Le séminaire proposera d’une part une reconstruction des arguments proto-sceptiques de penseurs pré-platoniciens comme Xénophane de Colophon et de Métrodore de Chios qui montrent l’impossibilité de la reconnaissance de la vérité. D’autre part, on cherchera à rendre raison de la célèbre position de l’inscience socratique dans le cadre du problème gnoséologique de la reconnaissance de la vérité. C’est, enfin, à partir de ces positions que l’on étudiera le paradoxe du Ménon (« pour savoir, encore faut-il déjà avoir su ») à travers sa formule platonicienne et sa fortune dans la philosophie hellénistique.

Jean-Baptiste Brenet
Devenir immortel et puis... mourir : introduction à la philosophie d’al-Fârâbî

Le séminaire porte sur le premier grand péripatéticien arabe de l’histoire – peut-être le plus grand : Al-Fârâbî (m. 950). Surnommé « le second Maître » (après Aristote), il est une source majeure d’Avicenne ou d’Averroès, et l’une des clés, par l’ampleur de son système, de la pensée occidentale. On propose ici de se placer au cœur de sa doctrine en se concentrant sur la question de la « substantialisation », c’est-à-dire sur le devenir-substance de l’homme philosophe capable en cette vie, par son intellect, de décrocher de la matérialité : le philosophe comme animal divinisé, en somme.

Charlotte Murgier
Aristote, Éthique à Eudème

L’objet de ce séminaire est de procéder à une lecture suivie de l’Éthique à Eudème, afin d’examiner la manière dont sont introduits et construits les concepts centraux de l’éthique aristotélicienne : bonheur, vertu, décision (prohairèsis), amitié ... Il s’agira aussi, chemin faisant, de s’interroger sur ce que cet ouvrage comporte de singulier, par rapport à son pendant, plus connu et plus étoffé, qu’est l’Éthique à Nicomaque. Comment caractériser l’approche proprement eudémienne de l’éthique ? Comment intégrer au reste de l’ouvrage, ce qu’on appelle les « livres communs », à savoir les livres V-VI-VII de l’Éthique à Nicomaque auxquels renvoient la plupart des manuscrits de l’Éthique à Eudème ? C’est donc par le prisme de l’Éthique à Eudème qu’on se propose d’entrer dans les spécificités et les difficultés de l’éthique aristotélicienne.

  • Horaires des cours : Emploi du temps Master 1 à venir
  • Brochure Master 1 (2022/2023) à venir

HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE ANCIENNE, ARABE OU MÉDIÉVALE [Master 2]

Pierre-Marie Morel
Naturalisme et théories de l’action : Démocrite et Aristote

La perspective générale de ce cours est le problème du naturalisme dans l’Antiquité, mais il s’agit aussi bien de mettre  en  question  l’idée  même  de  "naturalisme" comme  catégorie  historiographique  et  clé éventuelle d’interprétation. Le cours de cette année porte sur les deux grandes éthiques de la période classique : celle de Démocrite et celle d’Aristote. L’une comme l’autre, malgré leurs divergences, nous confrontent aux questions relevant  de  la  problématique  naturaliste,  jusque  dans  ses  prolongements contemporains (naturalisation des motivations humaines; différence anthropologique; théorie causale de l’action et problème du déterminisme; problème des fondements de l’éthique). Le premier semestre sera principalement consacré à définir le cadre général de l’analyse (en prenant Aristote comme point focal) et à étudier l’éthique de Démocrite. En parallèle, on s’emploiera à replacer cette dernière dans le contexte pré-aristotélicien  (Corpus hippocratique,  Platon,  la  sophistique  classique).  Le second semestre portera sur la théorie aristotélicienne de l’action, au travers d’une approche critique des lectures naturalistes contemporaines.

Jean-Baptiste Brenet
"Je suis le Réel". L’achèvement de l’individu dans la philosophie arabe

Un préjugé sur la philosophie arabe ? C’est une pensée mystique, une pensée du grand Tout où l’individu compte peu et n’a d’autre horizon que l’absorption, l’engloutissement dans l’"océan" de l’être. Anâ al-Ḥaqq ("Je suis le Réel" ou "le Vrai", ou "Dieu"), aurait dit le célèbre mystique Ḥallaj, et c’est à cela qu’on la réduit. Panthéisme, monisme, philosophie de l’union, de la fusion, de l’effacement du personnel et du subjectif: il n’y a d’être que Dieu et l’individu finit par se confondre avec Lui. C’est sur cela que le séminaire entend revenir cette année, en examinant ce que les grands textes –qui ne se répètent pas –disent vraiment de la «jonction» à l’Absolu qu’on promet à l’homme. Non seulement les textes de la falsafa : al-Kindî, al-Fârâbî, Ibn Sînâ (Avicenne), Ibn Bâjja (Avempace), Ibn Tufayl ou Ibn Rushd (Averroès); mais ceux, aussi, du soufisme et de la théologie (notamment l’œuvre d’al-Ghazâlî). On voudrait rendre à la philosophie arabe quelque chose de sa complexité, sur l’individu et son destin, que l’Europe n’a pas pu ou pas voulu penser.

  • Horaires des cours : Emploi du temps Master 2 (2022/2023) à venir
  • Brochure Master 2 (2022/2023) à venir

PRÉPARATION AUX CONCOURS AGRÉGATION ET CAPES

Pierre Marie-Morel
ARISTOTE, Physique ; De la Génération et de la corruption ; De l’Âme ; Des parties des animaux, Livre I ; La Métaphysique (3ème épreuve)

Charlotte Murgier
THEOPHRASTE, Χαρακτῆρες (texte en langue étrangère)

Jean-Baptiste Brenet
ABU NAṢR AL-FARABI, Kitâb al-jamʿ baîna raʼyy al-Ḥakîmayn Aflâṭûn al-ilâhî wa Ȧrisṭûṭâlîs (texte en langue étrangère)